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Argenteuil 95

Argenteuil 95

www.argenteuil95.com, le journal du web indépendant des habitants d'Argenteuil et de ses environs.


Parents et enseignants, cette étude vous intéresse !

Publié par Arezki Semache sur 25 Janvier 2008, 08:59am

Catégories : #Education

Cette étude a été réalisée en juin 1999, à la demande de la ville d'Argenteuil, par un groupe de chercheurs de l'université Paris XIII sous la responsabilité de Daniel Verba, chercheur au centre de développement au service des collectivités territoriales. La pertinence de l'étude et son double intérêt pour les parents d'élèves et pour les enseignants nous ont convaincu de la nécessité de la présenter ici sous forme de synthèse. L'étude complète est publiée à la revue Ville-Ecole-Intégration N° 117, juin 199.  Bonne lecture !
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Synthèse                
 
 LE CONTRAT ÉDUCATIF LOCAL d’Argenteuil
La multiplication des actes de délinquance et d’incivilité commis par des mineurs, la violence et l’absentéisme déplorés au sein des établissementsscolaires ont redonné à l’articulation des temps scolaires, péri- et extrascolaires toute sa pertinence en terme de prévention. Les phénomènes de «galère », de «zonage », d’enclavement territorial et d’exclusion peuvent être mis en étroite corrélation avec l’oisiveté socialement contrainte d’une fraction de la jeunesse et l’inégal accès aux études et à l’emploi.
Le contrat éducatif local est né de tous ces constats. Selon la circulaire du 9 juillet 1998 qui l’institue, il s’agit d’un dispositif interministériel territorial et partenarial qui vise à «contribuer à la réussite scolaire et à l’épanouissement personnel de tous les enfants » par un réaménagement des temps scolaires et des activités périscolaires des enfants de trois à seize ans. «Prévu pour une durée de trois ans renouvelables, il est signé entre l’État, la (ou les) collectivités locale(s) et, s’il y a lieu, les associations concernées. Il peut être complété ou adapté chaque année par avenant. Ce contrat est à géométrie variable. C’est dire qu’il peut se limiter à un aspect précis de la politique éducative locale comme par exemple l’accueil pré- et postscolaire ou bien reconfigurer l’ensemble des activités éducatives de la ville. Les financements seront donc aussi à la mesure non seulement de ses ambitions, mais aussi de son réalisme.Dans certains départements comme le Val-d’Oise, le contrat éducatif local a par ailleurs vocation à s’articuler avec le contrat temps libre des CAF qui ouvriront des opportunités de financement allant jusqu’à 70 % des nouvelles dépenses consacrées aux activités péri- et extrascolaires.L’originalité du contrat éducatif local est qu’il tente d’articuler sur un pied d’égalité temps scolaire, périscolaire et extrascolaire et de faire reconnaître aux activités non scolaires une vraie légitimité éducative. C’est dire que le CEL ne se veut pas une procédure de plus qui se surajoute aux autres, mais bien une modification significative du mode d’appréhension du système éducatif dans son ensemble, une mise en valeur des ressources existantes ainsi qu’un support structurel pour le montage de nouveaux projets, autant dire une authentique politique de développement local.
 
 Le diagnostic territorial
 
1- Argenteuil est une commune d’environ 94 000 habitants, ce qui la place au -quatrième rang régional derrière Paris, Boulogne et Montreuil. Elle constitue actuellement un territoire économiquement et symboliquement en crise qui souffre de l’appauvrissement et de la précarisation d’une fraction de plus en plus importante de sa population. Après avoir été l’un des plus importants pôles industriels de la région, Argenteuil peine à prendre le tournant de la désindustrialisation et cherche à revitaliser son territoire grâce notamment à la modernisation de sa politique urbaine (12) et au développement de la démocratie locale.
 
2- À l’exception de quelques intervenants encore «frais », la plupart des acteurs locaux font état d’un découragement et d’une lassitude proportionnels aux projets qui s’accumulent et se chevauchent sans apporter de solution significative, entraînant des résistances de plus en plus sensibles au sein des services de l’État et des collectivités. Les politiques publiques qui se sont succédé depuis les lois de décentralisation ont généré chez les professionnels de terrain une forte méfiance pour l’action politique en général et pour les tentatives de réforme en particulier. L’un des leitmotivs de tous ces acteurs de plus en plus «déprimés » est «le manque de temps et de moyens » qui touche tout autant les administrations d’État (Éducation nationale), les associations que les services de la municipalité.
 
3- Les collaborations entre partenaires peuvent être localement ou ponctuellement réussies, mais la plupart des intervenants campent sur leur culture professionnelle et/ou institutionnelle, empêchant le développement d’actions concertées. De fortes présomptions d’ingérence pèsent tout à la fois sur la ville et les associations tandis que les établissements scolaires sont accusés de ne rien vouloir céder de leur «pré carré ». Chacune des organisations entendues a souvent adopté un système de fonctionnement vertical et cloisonné. Non seulement chaque service municipal a développé ses propres stratégies sectorielles indépendamment des autres services, mais les quartiers et les établissements scolaires eux-mêmes se sont constitués en entités autonomes dans un rapport concurrentiel avec les autres institutions et sans prise en compte de la politique générale de la municipalité
 
4- Les familles, qui constituent un support fondamental de la socialisation primaire des jeunes, sont peu impliquées ou absentes des pôles de concertation et de décision et entretiennent une relation conflictuelle avec l’école d’autant plus sensible depuis quelques années qu’Argenteuil n’échappe pas aux nouvelles revendications citoyennes qui s’expriment aux marges des institutions. De plus, on constate là comme ailleurs les effets de la désinstitutionalisation, c’est-à-dire l’affaiblissement ou le désengagement significatif des grandes institutions à vocation socialisante (famille, école, religion, syndicat, travail) qui ont mis à découvert des pans entiers de la vie sociale, créant, là où les ressources des acteurs sont les plus faibles, des défaillances socio-éducatives non négligeables.
 
5- Quant aux enfants, qui sont les premiers usagers des politiques éducatives,ils apparaissent comme la chaise vide de ces politiques, très en retrait des préoccupations exprimées par la plupart des professionnels et totalement absents des procédures de concertation. Certains enseignants ont convenu qu’ils construisaient les emplois du temps en fonction de leurs impératifs personnels et non dans le souci des rythmes des enfants.Les expériences menées dans toute la France depuis quelques années montre que la mise en place d’aménagements innovants est le produit de longues tractations entre les différents partenaires. De plus, la situation actuelle de l’Éducation nationale et les tensions qui règnent entre certains professionnels et leur ministre ne font qu’augmenter les risques d’échec de la moindre réforme insuffisamment concertée.
 
Le point de vue des acteurs
 
Les enseignants
 
Sur la question de l’aménagement des temps et des activités des enfants, les enseignants n’ont pas exprimé de points de vue tranchés. La plupart d’entre eux se rejoignent cependant pour porter un regard plutôt négatif sur le travail des associations, notamment lorsque celles-ci se piquent d’assurer un accompagnement scolaire ou une aide aux devoirs. Ils sont aussi unanimes à dénoncer les mauvaises conditions dans lesquelles se déroule le temps d’interclasse et notamment le repas de midi qui ne bénéficie pas de la qualité d’encadrement qu’ils souhaiteraient. Très remontés contre leur ministre, hostiles à toute réforme qui ne porterait pas sur l’accroissement des moyens, ils ont clairement fait comprendre qu’ils n’étaient pas prêts à s’investir dans une nouvelle aventure comme les zones d’éducation prioritaire. Pris entre les contraintes structurelles d’un ministère qui parvient difficilement à faire accepter la déconcentration territoriale, les revendications citoyennes des parents, le délitement de certains comportements sociaux et l’échec scolaire d’une fraction non négligeable d’enfants, les enseignants d’Argenteuil n’ont pas la vie facile ; et on peut concevoir qu’ils ressentent comme injustes et vexatoires les remarques d’un ministre peu porté sur la langue de bois.
 
 
Les parents d’élèves
 
Les parents d’élèves déplorent être trop souvent cantonnés au « débouchage des chiottes » ou bien instrumentalisés par les enseignants qui se servent d’eux pour faire pression auprès des élus ou signer des pétitions. Beaucoup souhaiteraient être associés plus étroitement au projet d’école, participer à des débats sur la pédagogie, tout en étant conscients qu’il s’agit là du champ de compétence des enseignants. Les travaux actuels nombreux sur cette question de la relation famille-école font tous état du «malentendu » qui règne entre parents d’élèves et enseignants. Très longtemps tenues à distance, ce n’est que récemment que les familles sont devenues des «usagers » porteurs de valeurs citoyennes au point de revendiquer aujourd’hui un statut de partenaires du système éducatif. Malgré cela, la sujétion du parent à l’enseignant est encore la norme des établissements scolaires toujours aussi bien protégés de tout contrôle direct de l’environnement. Les parents n’ont donc acquis collectivement aucun pouvoir dans les écoles. Ils y sont des auxiliaires réduits à des fonctions matérielles annexes et au besoin instrumentalisés par les enseignants. La politique de la ville et notamment le dispositif ZEP n’a pas amélioré la situation malgré quelques expériences réussies ici ou là mais non pérennes. A Argenteuil, on observe une fuite significative des élèves censés intégrer le collège, mais il est difficile d’objectiver ce phénomène en l’absence de données quantitatives que devrait être en mesure de fournir l’inspection d’académie.
 
Les enfants
 
Le matin : Les enfants ont majoritairement une journée dont l’amplitude varie de 7 heures (heure du lever) à 20 heures / 20 h 30 (heure du coucher). Très peu d’enfants disent se coucher après 22 heures, 93 % déclarent prendre un petit déjeuner le matin avant d’aller à l’école.Le midi : Sur un effectif total de 11 300 enfants fréquentant les écoles maternelles et primaires, 6 100 enfants prennent leur repas de midi à la cantine soit 54 % de la population scolaire concernée. Les autres (46 %) rentrent manger chez eux le midi et bénéficient dans la quasi-totalité de la présence d’un adulte (nourrice, parent). 70 % des enfants qui restent à la cantine déclarent par ailleurs pratiquer une activité pendant l’interclasse (foot, ping-pong, jeux…). Cependant, beaucoup expriment une insatisfaction quant à la diversité des propositions qui leur sont faites et à la qualité de l’encadrement de ces moments.Le soir après l’école : En moyenne, 30 % des enfants ont une activité sportive ou culturelle. Ce taux de participation est cependant deux fois plus important (60,5 %) lorsque les enfants ont la possibilité de fréquenter les centres de quartier ou les centres de loisirs et de pratiquer des activités extrascolaires ou péri-éducatives. Ce type d’accueil postscolaire semble très apprécié des enfants qui y participent. En revanche les enfants qui ne bénéficient pas de ces dispositifs disent pour la moitié d’entre eux rentrer à la maison et regarder la télévision.
 
L’emploi du temps souhaité
Les enfants semblent privilégier dans l’ensemble une organisation du temps scolaire qui comprendrait une matinée sensiblement équivalente à celle qui existe à Argenteuil, avec cependant un renforcement des activités «calmes et reposantes » comme les arts plastiques, le chant, la musique, les jeux de société, la lecture ou encore l’informatique. En revanche, l’après-midi est souhaitée plus sportive, entrecoupée d’un temps de classe plus court que le matin. Ce schéma rejoint d’ailleurs le désir d’une majorité d’enfants (52 %) de pouvoir se livrer à des activités de détente et notamment au sport après la classe. Comme on peut le constater et comme le constatent parents d’élèves et enseignants, les enfants des écoles primaires et des écoles maternelles manifestent souvent stress et fatigue liés à un emploi du temps à la fois trop lourd mais aussi trop concentré. Paradoxalement, si les enfants se plaignent d’une surcharge scolaire, en revanche ils déplorent aussi l’insuffisance des activités de détente qui permettraient de souffler et de diversifier la nature des efforts exigés.
 
L’impératif partenarial
 
Malgré les efforts constants de la politique de la ville qui, à l’initiative de l’État, relayé par les collectivités territoriales, a multiplié les dispositifs visant à mettre de l’ordre et de la cohérence dans un fouillis d’administrations, de procédures et d’intervenants, on constate que ces dispositifs, hormis le fait qu’ils ont souvent permis de dégager des moyens importants, sont souvent des échecs organisationnels d’où sont exclus les partenaires les moins légitimes (associations, familles, citoyens…). Le risque est donc grand de voir le contrat éducatif local suivre le chemin de toutes les politiques contractuelles qui se sont succédé depuis dix ans.
 
Les préconisations
 
Quatorze préconisations sont avancées  pour qu’un contrat éducatif local puisse un jour être signé à Argenteuil. En résumé, ces préconisations s’organisent autour des six préoccupations majeures :
1. Structurer la concertation afin de rompre avec les préjugés et les méfiances qui empoisonnent les relations entre professionnels, entre institutions et familles, entre politiques et administratifs ou techniciens, et empêchent toute nouvelle démarche de développement. Il est  proposé un certain nombre de mesures comme le recrutement d’un coordonnateur du contrat, la création d’un observatoire de la vie éducative locale, la construction d’un organigramme, la mise en place d’une politique systématique de qualification et de formation des différents partenaires, le repérage, dans les différentes institutions, de personnes ressources susceptibles de relayer localement le comité de pilotage du contrat et l’organisation d’un débat public.
 
2. Agir sur la création d’emplois en pérennisant les nombreux emplois-jeunes recrutés par différentes institutions d’Argenteuil, par une insertion dans les secteurs en cours d’émergence comme la médiation ou l’animation périscolaire. Dans un collège sensible d’Argenteuil qui connaissait l’année dernière de graves perturbations liées à la violence, la présence des emplois-jeunes et le renforcement de la présence adulte a fait significativement chuté les actes de violences et d’incivilités.
 
3. Fixer des contrats d’objectif aux associations impliquées dans le contrat et favoriser financièrement celles qui présentent les projets les plus performants. La collaboration étroite entre établissements scolaires et associations de quartier montre une participation beaucoup plus importante des enfants aux activités proposées et une meilleure combinaison entre les logiques scolaires et socio-éducatives.
 
4. Opérer un déplacement symbolique de légitimité en débaptisant les temps périscolaires et extra-scolaires. La terminologie indique en effet très clairement que c’est le temps scolaire qui structure toute la vie de l’enfant et que les temps «éducatifs » n’existent qu’en relation au temps scolaire. Il faut donner une vraie légitimité à ce qui n’est pas le temps scolaire et ne plus le définir par rapport à celui-ci. Pour cela il convient, outre la recherche d’un vocabulaire mieux adapté, de confier à des personnels qualifiés et reconnus le soin de prendre en charge les temps interstitiels de la vie scolaire (accueil, cantine, récréation, études). En maternelle, il est proposé de qualifier significativement les ASEM (formation d’auxiliaire de puériculture )ou de les remplacer petit à petit par des éducateurs de jeunes enfants (EJE) bien formés à la petite enfance et qui seront en mesure d’amener à l’école une dimension socio-éducative qui manque cruellement.
 
5. Mieux impliquer et accueillir les familles dans les établissements scolaires en combattant avec fermeté la rhétorique démissionnaire que les professionnels font trop souvent peser sur les familles. Tous les travaux consacrés à cette question montrent qu’il s’agit d’une représentation infondée et qu’à l’exception d’une fraction très minoritaire de familles irresponsables la plupart des parents, conscients de l’enjeu que représente l’école pour l’insertion sociale et professionnelle de leurs enfants, manifestent au contraire une confiance inébranlable dans les compétences des enseignants au point de leur déléguer tout le pouvoir d’instruction dont ils pourraient eux-mêmes être porteurs. Il règne donc à ce propos un profond «malentendu ». 
 
6. Lutter contre le « débordement de compétence non certifié » qui affecte sensiblement les rapports entre les différents professionnels. En d’autres termes, il s’agit d’amener chacun des partenaires à orienter ses interventions dans les domaines de compétence qu’il maîtrise. Or, on constate sur le terrain une confusion des rôles et des chevauchements dans les pratiques qui entraînent des dysfonctionnements nuisibles au partenariat.
 
Conclusion
 
En droit le contrat constitue une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou ne pas faire quelque chose. Sans tomber dans une démarche par trop procédurière, on retiendra que le contrat éducatif local consiste bien en une convention passée entre plusieurs institutions qui, sur la base d’un diagnostic commun, ont marqué, par un accord public, la volonté de s’associer en vue d’aboutir à des objectifs partagés.
 
Ce contrat se décline donc selon trois modalités :
 
– un diagnostic commun,
 
– un accord de volonté dûment signifié (textes écrits, paroles publiques, actes),
 
– des obligations réciproques acceptées.
 
Pour cela il conviendra :
 
1. Que soit affirmée, pour chacun des partenaires concernés, une volonté politique claire et précise sur laquelle s’engageront les instances les plus légitimes (maire, inspecteur d’académie, préfet, présidents d’association, etc.).
 
2. Que soient affectés, sans ambiguïté, ne fut-ce que par redéploiement, les moyens nécessaires à la mise en oeuvre des objectifs du contrat ;
 
3. Que soient déterminés des outils et des méthodes de travail rigoureuses
 
4. Que chaque pôle d’intervention fasse l’objet d’une étude préalable et d’une évaluation finale.
 
C’est seulement à ces conditions que les contrats éducatifs locaux pourront se prévaloir d’être, aux yeux des partenaires impliqués, des opportunités d’interpellation réciproque et non l’occasion de se défausser mutuellement de la question éducative.
 

 


     
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