Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Argenteuil 95

Argenteuil 95

www.argenteuil95.com, le journal du web indépendant des habitants d'Argenteuil et de ses environs.


Interview de Habiba Mahany, auteur de Kiffer sa race

Publié par Arezkijour sur 3 Avril 2008, 12:34pm

Catégories : #Actualité

Habiba Mahany a choisi notre ville comme source d'inspiration de son premier roman "Kiffer sa race". C'est une chronique pleine d'humour et de tendresse, qui se lit d'une traite. En plus de vouloir savoir la fin de l'histoire, le style choisi par l'auteur ne fait qu'accentuer le phénomène. Difficile de raconter la vie d'une adolescente de 16 ans dans une cité sur le mode épistolaire sans emprunter ses tics de langage, et cette forme bien particulière qu'ont les adolescents de parler ; passant de l'arabe au verlan, de l'anglais francisé au français parlé. Même si cette écriture peut en rebuter certains, il n'empêche que le roman prend vraiment toute sa force grâce à cette forme si originale.

Et c'est ainsi que l'on est transporté à
Argenteuil dans la vie de Sabrina ; dans son HLM avec ses voisins asiatiques, africains ; mais aussi avec cet étrange homme qu'est Rachid, squatter invétéré du hall d'immeuble, et avec ce jeune homme qui ne croit qu'en son pitbull pour se défendre. Bienvenue au Val-d'Argent ! Mais ne croyez pas pour autant que le roman est caricatural. Bien au contraire... Rencontre avec l'auteur à la plume bien prometteuse et dont on espère en lire d'autres...vite !*

 

Argenteuil95 : Pour commencer, je voudrais vous féliciter pour ce premier roman qui, apparemment, a été bien accueilli par les critiques et certains le présentent déjà comme le livre de l'année 2008. Comment avez-vous vécu cet événement depuis sa sortie début février ? Avez-vous un ordre d'idées du nombre d'exemplaires vendus à ce jour ?

 

Habiba Mahany : Merci de vos félicitations qui font chaud au cœur. Un premier roman est un saut dans le vide et les encouragements de lecteurs, de journalistes sont autant de soulagements et de sources de motivation. J'ai vécu cet événement avec un peu d'anxiété et beaucoup d'excitation. C'est un rêve qui se réalise en même temps que l'aboutissement d'une année de travail. Le dernier mois avant la sortie a été très long ! Il est encore trop tôt pour avoir une idée des ventes. Mais l'important est ailleurs : les réactions enthousiastes de lecteurs qui me contactent soit par courrier postal, soit par mail via le site des éditions Lattès montrent que tous les publics (hommes/ femmes, banlieues/ centre-ville/ milieux ruraux, jeunes/ personnes âgées...) sont touchés par l'histoire de Sabrina et ça, c'est à l'image de la littérature telle que je la conçois, elle réunit les gens. Lire ici et là que « Kiffer sa race » est le meilleur livre de l'année, c'est la cerise sur le gâteau !

 

Argenteuil95 : L'histoire de votre roman se passe à Argenteuil et pourtant, à ma connaissance, vous n'y avez jamais été résidante. Connaissiez-vous au moins notre ville ? Si oui, quel regard portez-vous sur elle dans la réalité, c'est-à-dire en dehors de la fiction des personnages de votre roman ?

 

Habiba Mahany : Je n'habite pas à Argenteuil mais je connais assez bien la ville. J'ai vu la construction du centre commercial, je  fréquente le marché, j'ai des proches qui y vivent ou qui y ont vécu... J'ai vu battre le cœur de la ville et c'est ce qui m'a incité à bâtir mon histoire dans ce lieu suffisamment loin de mon lieu de résidence pour éviter la confusion entre Sabrina et moi, mais suffisamment proche de ce que je connaissais et de mon cœur pour ne pas être totalement hors de la réalité. D'ailleurs, c'est assez drôle car des Argenteuillais ont cru que j'habitais la ville, ce qui est en soi une forme de reconnaissance. J'aime Argenteuil sinon je n'y aurais pas situé l'action de mon roman. J'aime sa population bigarrée et son côté fourmillant.

 

Argenteuil95 : Il y a beaucoup d'humour dans votre roman, alors que  les « histoires » de vos personnages, comme celles de Kacem, Nedjma, Lamine et bien d'autres encore, sont souvent chaotiques. Est-ce bien pour atténuer le côté « dramatique » des choses que vous avez choisi cette chronique d'humour ?

 

Habiba Mahany : Je pense que mon livre est à l'image de la vie : ni entièrement dramatique, ni entièrement drôle. Je ne voulais pas montrer une cité telle qu'on la voit trop souvent représentée à la télé, de façon univoquement négative. Car des talents, des élans, des amours, ça existe aussi de l'autre côté du périphérique ! L'humour, c'est aussi un moyen de faire passer des messages sans avoir l'air d'y toucher. C'est comme cela, en étant aussi peu pontifiant que possible, qu'on arrive à toucher les gens et qu'ils apprennent tout en prenant du plaisir.

 

Argenteuil95 : Dans l'écriture de ce roman, des comparaisons empruntées aux « séries télévisées » côtoient des expressions de « banlieue » ou de « verlan » comme on dit. Est-ce un passage obligé pour écrire aujourd'hui sur la banlieue ? Pourquoi ce choix, alors qu'on voit clairement dans le reste de votre roman que vous jonglez facilement avec la langue de Molière ?

 

Habiba Mahany : Tout d'abord, merci pour le compliment ! J'ai choisi de prendre le point de vue d'une jeune ado de 16 ans, en employant le « je » narratif. Et à cet âge, on regarde la télé, on parle en verlan, on mélange les langues... Mais Sabrina n'est pas une caricature de la banlieue et comme vous le soulignez, elle lit, elle a des références culturelles. Le piège aurait été d'aller trop loin dans le cliché, mais aussi, au contraire, de vouloir aller à tout prix à rebrousse-poil des clichés, au point d'être irréaliste.

 

Argenteuil95 : J'ai déjà rencontré des jeunes (filles et garçons) comme vous, qui parlent souvent de racisme ou de discrimination dont ils sont victimes, alors que vous, vous n'en parlez pas du tout ou du moins vous ne l'abordez pas directement Pourquoi ? 

 

Habiba Mahany : Déjà, « Kiffer sa race » est un roman donc Sabrina, ce n'est pas moi, même si j'ai mis une part de moi en elle et chez d'autres personnages, Ai-je été victime du racisme ? Ca m'est arrivé.  Je montre un exemple d'Yvonne, Française dite de souche raciste, mais ce qui m'a aussi intéressé dans « Kiffer sa race », c'est de montrer LES racismes qui rongent les communautés entre elles. Car ça existe aussi, hélas.

 

Argenteuil95 : Il y a une expression dans votre roman qui m'a beaucoup interpellé. C'est à la page 46 où vous dites : « C'est marrant comme les communautés s'agglomèrent plus facilement par origine ethnique que par proximité géographique. Faut croire que même la religion, ça réussit pas à rapprocher, Salim Koné, le père, il va à la mosquée tous les soirs, jamais avec Mohamed. Les Noirs avec les Noirs, les Arabes avec les Arabes». Voilà une idée qui va à l'encontre de ce que d'aucuns appellent le communautarisme religieux. Comment expliquez-vous cela ?

 

Habiba Mahany : Je pense que le communautarisme ethnique est plus prégnant que le communautarisme religieux, même si ce dernier existe dans une certaine mesure. Le brassage de populations, les métissages restent parfois mal perçus, même intra-religieux. Je ne sais l'expliquer autrement que ce que je fais dire à Sabrina dans « Kiffer sa race » : l'ignorance, qui est le début du racisme. A force de ne pas se fréquenter, on nourrit les méfiances irrationnelles, mais peu à peu, les choses s'améliorent.

 

Argenteuil95 : Avez-vous d'autres projets d'écriture en perspective ?

 

Habiba Mahany : Oui, j'ai d'autres projets d'écriture mais pour le moment, je me consacre entièrement à « Kiffer sa race » pour lequel je suis pas mal sollicitée.

 

Argenteuil95 : Pour terminer, envisagez-vous de venir un jour à Argenteuil pour dédicacer votre roman ?

 

Habiba Mahany : J'aimerais beaucoup dédicacer « Kiffer sa race » à Argenteuil. J'ai déjà reçu un très bon accueil à Asnières, Franconville, Rennes et je vais signer le livre à Montaigu, au centre culturel algérien de Paris, à la librairie « Plume de lune » de Vigneux-sur-Seine, à Enghien-les-Bains et plein d'autres endroits se greffent à mon emploi du temps. Alors avis aux libraires argenteuillais...

 

Interview réalisée par Arezki Semache

 

*Voir aussi dans notre rubrique "Agenda culture" la biographie de l'auteur, la critique et quelques extraits du roman « Kiffer sa race », Editions JC Lattès, février 2008, prix 15 euros.

 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

la vigilante 05/04/2008 07:42

concernant l'auteur que je cite ci dessus eric. M "la france nous a laché"  je ne vous invite pas a le découvrir c'est a mes yeux un veritable ramassi de connerie.....

la vigilante 05/04/2008 07:37

J'aimerais beaucoup dédicacer « Kiffer sa race » à
Argenteuil.on se demande pourquoi cela n'a pas été le cas mais bon....Voila une jeune écrivain qui s'inspire de ma ville de ces habitants et voir d'un certain vocabulaire employé par un minorité de jeunes mais qui nous colle a la peau BASTA...comme le dit si bien un autre jeune de banlieue dans le livre d'eric Maliére "la france nous a laché"* les jeunes arabes musulmans ou non sont devenu un veritable fond de commerce et de rajouter ils devraient nous remercier d'exister finalement....

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents