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Argenteuil 95

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www.argenteuil95.com, le journal du web indépendant des habitants d'Argenteuil et de ses environs.


Le sacrifice salvateur

Publié par Argenteuil95 sur 27 Février 2011, 19:55pm

Catégories : #Actualité

L. Abderrazak, 25 ans, est mort ce dimanche 27 février 2011 en fin d'après-midi au service des urgences de l'hôpital Bouzidi Lakhdar de Bordj Bou Arréridj, où il avait été admis après s'être aspergé de diluant et avoir mis le feu à son corps devant le siège de la wilaya. Le jeune homme, qui a été brûlé au 3ème degré, a rendu l’âme une heure après son admission, apprend-on de sources médicales.

L’immolation du jeune Bouazizi en Tunisie, dont une avenue porte désormais le nom a Tunis, a eu pour effet de déclencher la « révolution du jasmin » qui a provoqué la fuite du dictateur Ben Ali. C’est la fin d’un règne de deux familles qui ont gouverné ce pays d’une main de fer pendant 23 ans : les Ben Ali et les frères et cousins de la Cleptodame, Leïla Trabelsi, haffafa ou coiffeuse de sa vraie profession.

 

Depuis, il y a eu dans la foulée plusieurs autres cas d’immolation dans le monde arabe : au Yémen, en Egypte, en Mauritanie et surtout en Algérie, dont une femme et c’est une première. Mais qui pousse donc une personne à se transformer en torche humaine ? Une immolation (du latin immolare « offrir un sacrifice ») est un sacrifice généralement religieux, ou holocauste. Par extension, dans le dictionnaire du diable ( si si ça existe) « immolation » est devenue synonyme de « tuerie » ou « massacre » de victimes sans défense, particulièrement par le feu.

 

Chez les Gaulois, l'immolation est un rituel de suicide des guerriers, sans espoir, consistant à mettre le feu à sa maison et se précipiter dans les flammes. L'immolation est aussi présente dans la tradition hindouiste et bouddhiste. Certains d’entre nous ont encore en souvenir, dans les années 1970, ces hommes et femmes entrant dans un feu pour protester contre l’invasion américaine. Ou encore de ce Tibétain, qui en 1998, criant «Vive le dalaï-lama», se donnait au feu, ou encore des cinq membres de la secte Falungong immolés sur la place Tiananmen en 2001.Dans certaines tribus amazoniennes, le sacrifice, tel qu’il était décrit par Lévi-Strauss, le père fondateur du Structuralisme, consistait à choisir un jeune connu pour sa beauté, son courage et sa bravoure, puis on l’immolait sur une bûche préparée pour l’occasion dans la cour du village. Le procédé avait pour objectif de canaliser la violence diffuse au sein de la tribu, donc du groupe. C’était le sacrifice « salvateur » pour reprendre l’auteur de Tristes Tropiques.

 

Le bouc-émissaire ou la victime avait, par son immolation, un but expiatoire pour laver la tribu de tous ses péchés et pour retrouver la paix.

 

Dans le monde arabe et en Algérie en particulier, les jeunes s’immolent sans qu’il y ait aucun objectif expiatoire. La détresse de la jeunesse, la plaie béante du chômage, la mal vie, conjuguées à la « hogra », c’est-à-dire l’arbitraire et le despotisme, ont engendré tant et tant de phénomènes suicidaires. Après les Harragas, ces jeunes qui affrontent la mer dans des embarcations de fortune et au péril de leur vie pour rejoindre l’Europe, après les kamikazes, après les suicides, c’est au tour de l’immolation par le feu de faire son apparition chez nous. Tristes Tropiques ! Cela me rappelle une phrase célèbre de Mouloud Mammeri : « Quand trop de sécheresse brûle les cœurs, quand la faim tord trop d’entrailles, quand on rentre trop de larmes, quand on bâillonne trop de rêves. C’est comme quand on ajoute bois sur bois sur le bûcher. A la fin, il suffit du bout de bois d’un esclave, pour faire, dans le ciel de Dieu et dans le cœur des hommes, le plus énorme incendie. » A.S.

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