Les réactions d’indignation se multiplient suite aux propos de Rama Yade approuvant l'achat, en août dernier, par la mairie d'Argenteuil, d'un répulsif, le "Malodore", pour éloigner les SDF du centre-ville. La secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme qui était en déplacement le mardi 26 février à Argenteuil pour soutenir Georges Mothron, candidat UMP à sa réélection aux municipales, avait, en effet, expliqué à un journaliste de VOtv qu’un maire peut « tout tenter dans une ville".
Mouloud Bousselat, conseiller municipal et secrétaire du PCF d'Argenteuil, et Valentin Texeira, militant écologiste, ont condamné avec fermeté les propos de la secrétaire d'Etat qu’ils ont qualifiés « d'inadmissibles ». « Nous sommes scandalisés par les déclarations inappropriées et fâcheuses de Mme Rama Yade. Il est intolérable de considérer que l'acte politique consistant à commander et à employer un tel produit chimique en plein centre-ville d'Argenteuil serait un événement bénin qui aurait vocation à être banalisé après coup ! », ont-ils dénoncé dans un communiqué.
Les deux militants ont, par ailleurs, fait savoir que « le Préfet du Val-d'Oise a été officiellement saisi à plusieurs reprises sur un certain nombre d'éléments techniques relatifs au Malodore… La lumière n’étant toujours pas faite, plus de six mois après les faits, sur la teneur exacte de ce produit, l'éventualité d'une plainte pour mise en danger de la vie d'autrui est désormais à envisager avec sérieux ».
De son côté, Philippe Doucet, conseiler général du Val-d'Oise et tête de liste de l’Union de la gauche (PS, PC et LO) pour les municipales à Argenteuil, s’est dit « profondément choqué que l’on puisse considérer que l’utilisation d’un répulsif contre des êtres humains fasse partie des outils à la disposition d’un Maire ».
Mais ce jeudi 29 février, Rama Yade a tenté de minimiser ses propos de mardi en déclarant à l'AFP qu'il y avait « un malentendu ». « Evidemment que c'était une idée condamnable, malheureuse, que je condamne totalement », a-t-elle dit.
La secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme a reconnu qu'elle s'était sans doute « mal exprimée ». « Dans la rapidité, dans un couloir, je me suis peut-être très mal exprimée. Quand je disais : il faut tout tenter, je voulais dire qu'il fallait répondre aux préoccupations des gens. Cela ne veut pas dire que ce qu'on propose c'est bien. Je ne justifie rien du tout », a-t-elle assuré.
La multiplication des réactions d’indignation et la circulation de la vidéo sur le net ne sont pas à exclure dans cette volte-face opérée, aujourd’hui, par la secrétaire d’Etat.
On s’en souvient, Georges Mothron avait fait, lui aussi, marche arrière en déclarant, en août dernier, sous la pression médiatique, qu’il avait renoncé à l’utilisation de ce produit. Mais trop tard, le mal était déjà fait.
Pour preuve, amusez-vous à taper le mot Malodore sur un moteur de recherche et vous verrez tout de suite le nom d'Argenteuil collé à ce répulsif (6470 fois sur Google et 22700 fois sur Yahoo pour nous en tenir qu’à ces deux là) .
Cet épisode houleux avait soulevé, plusieurs semaines après, des réactions d'indignation un peu partout en France, y compris au sein du camp UMP. La ministre du Logement et de la Ville, Christine Boutin, on s’en souvient, avait déclaré que « le principe même de l'utilisation de produits de ce type constitue une atteinte à la dignité de la personne humaine parfaitement inacceptable ».
Pour atténuer la polémique suscitée par cette affaire, le maire UMP d’Argenteuil avait fait marche arrière en déclarant à la presse que le produit a été envisagé mais n’a pas été utilisé. La direction du centre commercial "Côté-Seine" avait, quant à elle, reconnu que le produit, qui lui avait été donné "par la mairie", a été bel et bien diffusé au niveau des sorties de secours de la galerie marchande, où campaient 4 ou 5 malheureux SDF.
Déjà en 2005, la préfecture du Val-d'Oise avait annulé un arrêté anti-mendicité pris par le maire qui évoquait une "gêne olfactive anormale" liée à la présence des SDF.
Le 6 août dernier, la mairie d'Argenteuil a pris un nouvel arrêté interdisant la mendicité dans le centre d'Argenteuil pendant l'été jusqu'en 2012. Cet arrêté avait fait l'objet d'une requête en annulation déposée à la préfecture par des militants de gauche.
Les propos de Rama Yade ne font qu'enfoner un peu plus une ville, dont l'image est déjà bien ternie. Le nom d'Argenteuil est devenu aujourd'hui synonyme du Malodore.
Triste sort pour une ville qui a pendant longtemps inspiré les Impressionnistes ! Tristes propos ausi de Rama Yade, dont la mission est justement de défendre les droits de l'homme. A moins que ces droits sont à géométrie variable : ceux qui sont valables pour tous les "autres" ne seraient plus valables pour les Argenteuillais...
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