William Castaño est né le 22 mai 1955 à Montenegro Quindio en Colombie. Après l'obtention de son diplôme d'arts plastiques de l'Institut populaire de culture de Cali en 1979, il décide de partir à l'étranger à la recherche d'un petit coin de paradis. De Madrid à Barcelone et de Londres à Paris, l'artiste vivote de petits métiers. Tant bien que mal, il persévère et complète ses études de gravure aux Ateliers des beaux arts de Paris entre 1982 et 1987. Il décide en 1990 de se poser définitivement à Argenteuil ou il y vit toujours et où il se consacre entièrement à sa passion : la peinture à l'huile. Mais la galère de l'artiste -comme beaucoup d'autres- ne finit pas pour autant.
Pour joindre les deux bouts, il s'arrange pour donner des cours à son domicile ou faire quelques reproductions de portraits. Il y a quelques années, il nous déclarait ceci : « Je suis passé par de petits jobs, mais je ne voudrais plus refaire cette expérience. Beaucoup d'artistes bradent leurs tableaux pour continuer à vivre. Moi, je ne baisse pas mes prix pour éviter le cercle infernal. L'artiste doit s'accrocher et refuser de mourir ».
Mais ces rencontres autour de ses œuvres et les distinctions nombreuses qu'il a obtenues (Grand prix Marcel Huen Groupe tendances Paris en 1987, Médaille d'or Groupe tendances Paris en 1989, Plaquette d'or du département de Brunette en Espagne en 1991, Médaille d'or au salon des beaux arts de Cormeilles en parisis et bien d'autres récompenses) ne lui font pas perdre le sens des réalités et le goût des choses simples. Il continue à peindre dans son appartement du centre-ville d'Argenteuil en toute sérénité.
Quand William Castaño, reconnaissable de loin sous son panama noir et son poncho colombien, ralentit le pas dans la rue piétonne d'Argenteuil, c'est pour scruter les reflets irisés d'un papier froissé que la nitescence d'un lampadaire auréole de mille éclats. Cette alchimie de hasard est aussitôt reproduite sur son insatiable palette. Castaño traque inlassablement l'empreinte qui procure aux choses les plus ordinaires leur patine particulière. Chaque objet, grêlé par l'usage, picoté par l'usure, est unique et parce qu'il est unique, il génère sa propre beauté. Les objets inanimés ont bel est bien une âme. L'atelier de Castaño déborde de natures mortes, exécutées avec minutie sur petits formats, qui paraissent animées d'une sensualité contagieuse. Les poires déclinent des postures lascives. Les pommes exhibent des rondeurs suggestives. Les cerises exaltent les papilles gustatives. Les cartons explosent de dessins mouvants, de fusains chatoyants, de sanguines ondoyantes, d'encres de chine limpides. Les griffures nerveuses, les giclées serpentines, les épures gracieuses trahissent pêle-mêle les secrètes déchirures, les laborieuses claustrations, les fécondes méditations. Les couleurs brûlées évoquent l'enfance pastorale, les coulées vives rappellent l'interminable exil. Les teintes tumultueuses reflètent les mers incertaines où des sirènes évanescentes seraient abandonnées des dieux. Les nus, souvent campés de dos ou de profil, courbures généreuses et chevelure défaite, regard tourné vers d'inaccessibles rivages, semblent attendre la détonation libératrice. @Mustapha Saha
* Théâtre Roger Barat Place de la Halle 95220 Herblay, Tel : 01.39.97.40.30
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